En Belgique Roberto Benigni interviewé par Télémoustique
Par Séba Ministru – Télémoustique

Bonjour Roberto, vous allez bien?
Roberto Benigni. – Oh, quelle beauté d’enfin entendre parler italien! (L’interview se déroule en italien – NDLR.)
Dites-moi, Roberto, pourquoi Dante?
Tu me demandes “Pourquoi Dante?”. Mais parce que, Roberto, voyons! Même si personne n’a lu La Divine Comédie, Dante a écrit une ouvre qui a tout changé. De temps en temps, c’est bien de le rappeler. Dante nous a montré la voie pour devenir immortels… Mais bien sûr, Sébastien, sur scène quand je parle de Dieu, je dois le faire en italien parce que avec mon accent français, ça ne va pas. Mais quand je parle de choses de moindre niveau comme Berlusconi, alors je parle en français.
Mais quand vous parlez français, votre accent italien est très joli…
Merci beaucoup, Sébastien, et la prochaine fois que je viendrai en Belgique, je ferai le spectacle en “belgicien”.
Mais ça n’existe pas.
Bien sûr que si, ça existe, le “belgicien”! C’est du “bruxellesse” avec un très fort accent.
Qu’est-ce que vous connaissez de la Belgique?
Pas grand-chose. Je suis venu plusieurs fois, mais je connais peu. Mais quand même, à l’Université de Louvain (la KUL – NDLR), ils m’ont donné le titre de docteur honoris causa. Tu aurais dû voir! La cérémonie dans l’église gothique: magnifique! Mais c’est bien parce que ça nous ramène à La Divine Comédie qui parle aussi du Brabant et de la Belgique…
Vous nous promettez de nous faire rire parce que Dante… ça fait peur!
Mais le premier qui voulait qu’on en rigole, c’est Dante lui-même, sinon il n’aurait pas appelé ça “comédie”.
Juste!
Vous verrez, sur scène, c’est une vraie farce, vous aurez l’impression de voir Louis de Funès au milieu des diables. C’est une chose très belle, on parle de Dieu, de la Vierge. Ça fait du bien de parler de sujets incompréhensibles, du mystère de la vie et de la mort à l’époque des quiz télé. Dante voulait que ce soit mystérieux et populaire.
Comment ça va se passer quand vous vous retrouverez devant Dieu?
J’espère m’en sortir avec une petite baffe.
Il y a onze ans, lorsque vous avez reçu l’oscar pour La vita è bella, vous avez baisé les pieds de Martin Scorsese devant des millions de téléspectateurs. Qu’est-ce que ça fait de baiser les pieds de Scorsese?
Ah! C’était une émotion si belle qu’il me semblait que je devais l’exprimer avec mon corps. Je me suis jeté à terre pour prouver que j’étais vivant!
Et quel goût ont les pieds de Martin Scorsese?
(Rire.) Un goût de cuir… et je crois qu’il chausse du 42.
Vous n’êtes pas toujours aussi agité quand même?
J’aime l’exubérance, j’aime exprimer mes sentiments.
Mais vous n’êtes pas tout le temps comme ça avec votre famille?
Dans la vie privée, je n’ai pas toujours cette énergie, sinon je mourrais. C’est comme Zidane, je ne pense pas qu’il joue au foot toute la journée, il doit aussi se reposer, ce pauvre garçon. Moi aussi, de temps en temps, je me repose.
Vous êtes calme quand vous dormez?
Pas seulement. Pour avoir ces montées d’exubérance, il faut savoir s’économiser aussi.
Pour vous, quelle est la chose la plus triste au monde?
L’indifférence. Quand nous sommes indifférents aux tragédies, quand il n’y a pas de compassion pour les grandes souffrances du monde. Etre indifférent, c’est comme n’être pas né. Nous avons l’occasion de ne vivre qu’une fois, donc participons.
Et la chose la plus belle?
Le fait que nous soyons en vie. C’est un miracle et je crois aux miracles.
Merci, Roberto…
Merci à vous…
Le 11 mars. Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. 02/507.82.00.
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