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“Benigni al Dante!” - Intervista in francese
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December 9th, 2008Dante, Divina Commedia, Interviste, Roberto Benigni, TuttoDanteRiportiamo il testo di un’intervista in francese sul nuovo Tour mondiale di TuttoDante, rilasciata da Roberto Benigni il 6 dicembre 2008 - lo spettacolo sarà rappresentato prossimamente in Francia.
INTERVIEW | Le réalisateur et comédien italien monte sur scène pour lire La divine comédie.

CORINNE JAQUIÉRY | 06.12.2008
L’exaltation, voire même l’extase perpétuelle, Roberto Benigni connaît bien. Lui qui s’est précipité aux pieds de Martin Scorsese, président du jury, quand il a reçu le grand prix du Festival de Cannes pour son film La vie est belle. Lui qui a sauté sur les sièges lors de la très conventionnelle cérémonie des Oscars, à l’annonce de sa consécration comme meilleur acteur. Lui qui parle avec tout son corps et avec une voix de stentor, même au téléphone. Lui qui vous tutoie spontanément sans vous connaître, cet homme au comportement irrésistiblement burlesque est aussi un grand artiste, qui a voulu se mettre au service d’un énorme poète.
– Vous présentez Tutto Dante pour la première fois dans un pays francophone, qu’en attendez-vous ?
– J’ai envie de montrer la beauté de la langue de Dante. Je fais le pari de dire les exégèses en français et j’invente un nouveau langage, comme lui (rires). Naturellement, les grands canti de sa Divine comédie sont en italien, pour faire entendre leur musique. Ces 33 chants sont une vraie symphonie ! Pour parler de sa descente aux enfers, puis de son accession au Paradis, cet immense poète a su créer une langue pleine de rimes et de rythmes audacieux. Lire et connaître Dante n’est pas indispensable, mais c’est comme la mer: c’est mieux de l’avoir vue que de ne pas l’avoir vue (rires).
– En Italie, les plus grands spécialistes de Dante s’accordent pour affirmer que vous êtes celui qui transmet le mieux l’essence de son œuvre. Qu’en pensez-vous ?
– Je suis tout petit quand je dis Dante. Je me sens comme une chandelle par rapport au soleil. J’essaie d’exprimer son œuvre de tout mon être. On ne peut lier cette extase à trop d’analyse. Ce que j’aimerais surtout, c’est transmettre la joie que j’ai à le lire. Sur scène, ma chair et tous mes organes sont en tumulte pour lui…
– La scène est donc un lieu privilégié pour Dante et Benigni ?
– C’est chaque fois une nouvelle naissance pour moi, mais pas pour l’œuvre, qui est intemporelle. Dante est plus moderne que bien des contemporains. En France, il y a une tradition poétique issue de son œuvre. Si on prend Baudelaire, pour parler du plus grand, ou Gérard de Nerval ou Verlaine et même Stendhal, ils sont tous dantesques! Il y a eu des détracteurs, comme Voltaire, mais la France est un des pays où la poésie de Dante a le plus d’écho.
– Pour vous, Dante Alighieri serait-il, comme sa comédie, divin ?
– Oui, car il nous donne le souffle de vie. Au Moyen Age, avant lui, on disait: rappelle-toi que tu dois mourir. Dante, lui, a dit au peuple: rappelle-toi que tu dois vivre! Comme un chercheur, il a découvert des sentiments et a su trouver les mots qui leur correspondaient pour nous les expliquer. Il a fait découvrir le monde, mais a aussi su redevenir enfant, innocent.
– Un peu comme vous… Y a-t-il de la fraternité entre Roberto et Dante ?
– C’est plutôt un ami de longue date. Je lui parle, je lui demande des choses et je trouve mes réponses dans la Divine comédie. Décrite par Dante, la vie s’écoule de manière sensuelle et charnelle. Avec Pétrarque ou d’autres poètes, on tombe amoureux. Avec Dante on fait l’amour vraiment. Profondément.
– Comment interprétez-vous son œuvre ?
– Je lis le plus simplement possible. Pour tous ces chants, il a mis des didascalies (ndlr: les indications données aux acteurs) sur une manière de lire très épurée. Beaucoup d’acteurs se mettent devant Dante, mais il faut se mettre derrière lui.
– Est-il possible pour Roberto Benigni de se mettre derrière ?
– Je sais que j’ai une forte personnalité, mais ma plus belle mission est de donner la parole à Dante. Entre ces chants, je parle aussi de moi, des temps modernes, de la politique. De l’enfer que nous vivons actuellement et que nous pouvons parfaitement reconnaître dans l’enfer de Dante.
– Etes-vous transformé par la lecture de l’œuvre de Dante ?
– Après avoir lu la Divine comédie, on ne regarde plus les hommes d’un œil distrait. On sait qu’ils sont dépositaires d’un immense destin. Ce qui compte aussi, c’est le plaisir pur. Le rythme, la musique, la diction, les sons. Il y a un mystère dans cette poésie, qui est comme la définition de la couleur rouge ou l’odeur du café. Nous ne savons pas comment c’est fait, mais nous savons que c’est bon.
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